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my-sweet-pepper-land_p3A la fin de la guerre contre Saddam, un résistant se voit confier la tache de faire régner l’ordre dans un village aux confins du Kurdistan. Hiner Saleem choisit de traiter son film comme un Western, (un Eastern en l’occurrence) mais celui de John Ford plutôt que de Sergio Leone, pour caricaturer. On y retrouve l’importance de la scénographie, du placement des corps dans le cadre pour retranscrire la violence des rapports de forces entre ces cow boys, peau retournée sur le dos, kalachnikov à la main, trafiquants de médocs, ainsi que l’inscription de ces hommes dans le paysage Kurde. Paysage à l’image du film et de ses protagonistes, dur, froid, taillé au couteau.

Seulement, le cinéaste ne va pas se contenter d’appliquer la mise en scène traditionnelle du western à un autre lieu, un autre temps, il se l’approprie à chaque plan, pas d’envolée tragique ou mythique, de la sècheresse. Dans le jeu d’acteur (un sans faute), dans les rapports humains, dans la façon de tuer, de juger. De la douceur aussi, entre Baran et Govend (Golshifteh Farahani, qui crève l’écran). Mais ne croyez pas que le film va se laisser aller à la simplicité en opposant la dureté des scènes entre hommes et la légèreté de celles entre femmes. Comme la bande de turques résistantes, Govend dégage violence et ténacité, sans doute l’un des personnages féminins thumbles plus complexes du genre, elle n’est pas qu’un simple second rôle fonctionnel non, elle est la seule capable de respirer un peu de joie de vivre et, avec sa musique de faire s’envoler le film.

Hiner Saleem ne sacrifiera ici ni le photoréalisme propre à la représentation de cet univers rocailleux, impitoyable, ni la beauté et la picturalité de ses plans. Jamais il n’esthétisera la violence, elle est rapide, utile, implacable.

Le film explore aussi des enjeux politiques, la collaboration, l’importance des « lois ancestrales » face aux « lois écrites » sur ces terres de non droit, la séparation entre Kurdes d’Iran, d’Irak et de Turquie, mais je ne suis pas expert en la matière et ne suis pas légitime pour m’étendre sur les messages qu’il transmet.

Hiner Saleem impose ici la précision de sa mise en scène, des corps, de la violence, de la nature, son talent de directeur d’acteur, ainsi que sa capacité à renouveler le genre du western, de le plier à sa culture et son cinéma. Nous avons ici à faire à un film d’une très grande cohérence, implacable à tout point de vue, et qui laisse le souffle coupé. A rapprocher bien sur d’Il tait une fois en Anatolie, film turc de la même trempe (bien que plus lent, proche de l’errance). My Sweet Pepper Land, splendide, dur et fier.

 

Elio Balezeaux

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