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Une esthétique publicitaire, boursoufflée, des personnages grossiers et archétypaux, un thème provocateur… certes mais il me semble que La crème de la crème arrive parfois à dépasser son sujet et est peut être moins inintéressant que ce que laisse présager la première demi heure, assez catastrophique, du film.

Capture d’écran 2014-04-07 à 00.37.55Une école de commerce, une « business school » pour être précis, comme théâtre, des beaufs suants et vulgaires dans une boite de nuit open bar comme figurants, cette introduction nous fait craindre le pire : une critique à l’emporte pièce, lourdingue et sans compromis de ce milieu élitiste. Mais peu à peu s’installe un deuxième discours, plus fin peut être, mais qui a du mal à prendre le dessus. C’est paradoxalement ces inégalités, ces maladresses qui donnent du charme au film, comme un teen movie ou une série B qui aurait eu les yeux plus gros que le ventre, à l’image de l’annonce des enjeux du film, terriblement écrits, ayant recours au dialogue ou à de grosses ficelles dont nous sommes complices, mais côtoyant des séquences de comique de répétition très bien maitrisées, à l’image aussi du jeu des acteurs, Jaffar par exemple (lors de ses quelques apparitions) très présent, très juste, très drôle et touchant même, mais un Louis au jeu déséquilibré, capable du meilleur comme du pire.

Et peu à peu on s’intéresse à nos trois maquereaux, que Kim Chapiron aura l’intelligence de ne jamais juger, et, si on arrive à s’attacher un temps soit peu à ces trois affreux, pourquoi les autres « élèves » (s’ils allaient en cours, le terme serait plus approprié) n’auraient rien à offrir sous leurs armures de nouveaux bourges capitalistes ? C’est la que le film touche un point sensible, pas dans sa critique maladroite du déterminisme social (les aristos cueillent des fraises à Versaille et reçoivent la légion d’honneur alors que les prolos boivent de la Kro, lisent des mangas et de toute façon n’arriveront à rien car ils ne peuvent pas « networker »), il choisit des héros particulièrement clichés et détestables mais n’a pas peur de les suivre jusqu’au bout.

Malheureusement, le film est tiré vers le bas par un bande son assez catastrophique, de Kavinsky à Carla Bruni, et par une myriade d’effets stylistiques superflus qui ont tendance à distancier de manière parfaitement inutile, si ce n’est dans la séquence finale.

Sans spoiler, cette séquence finale justifie en grande partie les maladresses du film et parvient à l’élever au dessus campus movie vulgaire, du violent réquisitoire ou de la production bien pensante : tout ceci n’est qu’une histoire d’amour dans un milieu ou l’on confond sexe et sentiments, et ca marche.

La crème de la crème, ne peut vraiment générer de l’empathie, tant il est inégal et ne sait jamais s’arrêter, dans ses mauvais cotés surtout : scènes de débauches trashs et kitchissimes, « un poil » moralisatrices, métaphores filées économico-sexuelo-hype, clichés à tout va, mais aussi dans les bons : une recherche du touchant chez les pires des pires de la crème, et un final qui assume complètement la vanité de ses effets et de son sujet. Et pourtant, on arrive à y prendre plaisir car peu à peu se dégage une poésie pop-vulgaire, presque à la manière d’un Springbreakers qui aurait troqué ses bikinis pour des polos lacoste.

Elio Balézeaux

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Une réflexion sur “La crème de la crème – Kim Chapiron – 2014

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